[ATELIER - RENCONTRE ] Écritures en chantier, chapitre 3.

[ATELIER - RENCONTRE ] Écritures en chantier, chapitre 3.

-

Ecritures en chantier, chapitre 3.

Je crois que la dernière fois je tentais de mesurer le temps qui passe, de repenser le soir où nous nous mettions à la table pour écrire … Aujourd’hui quoi ? perdu.e.s dans le temps, sans plus de passé que d’avenir… Nous pouvons vivre l’instant présent, les pages de livres qui s’offrent, l’écriture, 1000 manières de divertissement, le flux des actualités, les images banales qui s’impriment dans nos rétines plus longtemps : le printemps (il refuse de ne pas être beau). Mais l’instant présent ne se suffit pas à lui-même, il surnage dans les agonies invisibles (ou visibles, ça dépend d’où on regarde). Quelle valeur a ce moment présent confiné, surveillé, contrôlé, sans aucune prise sur lui-même, encore moins sur le futur proche ? Je me dis que la pandémie du Covid-19, tranquillement portée aux humains par le baiser d’une chauve souris à un pangolin, ou échappée d’un laboratoire très humain, suivant la version qu’on se raconte, a défait la science-fiction. La SF a déjà tout dit, elle nous a mis en garde des décennies avant contre les lendemains odieux de nos sociétés. Elle nous a tendu d’horribles et absurdes miroirs. Elle a inventé des langages. Elle a écrit les scénarios multiples de la pandémie : peu de temps avant, à quelques virgules près, une romancière italienne a produit dans son livre l’épidémie qui s’abattait sur l’Italie et tuait toutes les personnes âgées. La science fiction n’a plus rien de métaphorique, elle ne se décrypte pas, elle ne fait plus fiction, on vit dedans.

Science reste, immanquablement, et suivant le rôle qu’elle accepte elle est une alliée servile de la destruction en cours ou une complice des changements qui s’esquissent, souvent les deux à la fois. Et fiction ? De quelles fictions sont faits nos instants présents ?

Espérant que le post-coronavirien se souviendra bien du moment coronavirien et aura fait et défait un certain nombre de choses en conséquence, choses qui doivent être en germination actuellement – je souhaite de toutes mes forces que ce moment présent ne soit pas notre futur, et je reviens aux ateliers précoronavirienq, un passé proche.

Donc : petits instantanés dans différents lieux de la vie. C’est ce que j’avais proposé à une des séances, m’inspirant de François Bon qui s’appuie sur le poème Zone d’Apollinaire. Se voir au tu. Se regarder dans un autre moment de soi. Huit fois.

 

- Mes territoires en mosaïque –

Un - Tu surgis par la porte ouverte de la cabane au fond du jardin. Tu y étais cachée pour échapper aux devoir du soir, profiter enfin de l’air estival, de l’odeur des écorces et de l’herbe tondue. Jardin secret au fond du jardin familial.

Deux - Tu es au sol, tombée sur le bitume de la cour de récré. Tu as voulu courir trop vite pour échapper au loup. Pantalon troué et genou écorché. Tu pleures 4 secondes, bisou magique et tu repars.

Trois - Tu plonges. Une fois, deux fois, trois fois. Plat et replat dans la piscine municipale. 50 mètres et puis voilà. Ça y est tu sais nager.

Quatre - Tu découvres la banlieue parisienne. Ici les gens vivent au-dessus les uns des autres. Tu dévales et grimpes les escaliers jusqu’au 4° et dernier étage. Ça te semble si haut la cour vue depuis le balcon. On te dit d’arrêter de courir, que tu n’es pas dans ta campagne, que tu ne peux pas faire tout ce bruit. Ça t’amuse moins soudain.

Cinq - Tu passes le pont du périph, Porte de Clignancourt, marché aux puces : petites pépites au milieu du brouhaha général. Tu aimes ça. Maintenant la banlieue c’est chez toi.

Six - Tu grimpes, allez encore ! Tu peux aller plus loin, plus haut. Tes jambes grincent mais ta tête tient bon. Tu pousses encore vers le haut… de Géorgie jusqu’en Russie, col enneigé, effort récompensé. Tu reprends ton souffle. Et quel souffle !

Sept - A droite, tapis roulant, gauche, escalier. Musique dans les oreilles, les couloirs du métro composent pour toi le décor d’un clip dans lequel c’est toi la star !

Huit - A la nuit tombée, tu as les pieds dans l’eau, la marée monte et tu ne vois maintenant plus que les silhouettes sombres des bunkers. Il est plus que temps de rentrer. Tes chaussures ont pris l’eau jusqu’aux genoux. Tu as froid dans ce paysage de ruines mais tu te sens si vivante.

LUCIE

 

8 cases, 8 histoires

01- Ça fait longtemps que tu l’attendais! Karnac, la voie des dieux. La Bretagne, tu connais bien, pourtant…et toutes ces pierres debout, alignées, colossales.

02- 2004, T’es en retard de 24h. Branche le carburant pas la carbo, envoie la 5eme illico. Dans la bulle, comme une immersion natale…Paris Rome en 10 heures, les oreilles en carnaval.

03- 2020, Cave sèche, ampoule inactinique, silence radieux. Avec tes vieilles chimies ça fait tourner la tête. Tetal 2000 direct dans un révélateur toxique. Mais les noirs ressortent comme une lumière profonde.

04-2018, t’as rendez vous au Crecy. C’est la troisième place qui se joue! T’es bouillant de la fixe, la passeur va te régaler, hâte d’envoyer des cachous!

05-Biiisness Class, en vol pour Buenos Aires! C’est pas tous les jours les omelettes à la truffe, servie avec du Xo pour la soupe! Une dernière flute avant la couette, et zou, on change les étoiles dans le ciel !

06-Avenue d’Italie, dimanche dernier, à quatorze heure les bonnes affaires! 1 euro le kilo, 1 euros la douzaine ! Guacamole pour les copains!

07-Gps error, vous êtes en zone militaire. Tu vas pas décoller ton drone quand même? Ben si, et zou, le voilà qui glisse bizarre sur la droite! Bonne frayeur sur ce toit, le sol givré, la couleur pâle, tout est bien qui finit pas trop mal.

08- 7h du mat, odeur de pain grillé. Toujours cette odeur qui vous plonge à vos souvenirs. Tu l’aime ce miel fondu dégoulinant dans le café!! Mm le petit déjeuner c’est magique!

 

OLIVIER

 

8 CASES D’UNE FEUILLE PLIÉE 3 FOIS

Tu dors dans une voiture avec du sable dans les orteils. L’air est résineux.

La moquette prend feu. Le mur se lézarde, la porte tombe, le bureau se brise.
Tu es chez toi.

C’est à la fin de l’été, au début de l’automne. Sur une butte au centre se dresse un arbre, à son pied tu espères voir cet écureuil grimper à ton genou.

Ta peau est humide. Tu pues le sel. Tu veux être dépassé.

Tu flottes comme une fourmi invitée au congrès sur « l’importance d’être un bipède au 21ème siècle ».

Tu as des marques dans le dos car tu es incapable de t’asseoir correctement. Mais tu continues de grimper.

Tu marches seul dans un couloir attendant ton heure.

Tu portes du cuir.

BENJAMIN

 

8 séquences de Zone

C’est une maison bleue mais la tienne était rouge. Aussi nostalgique que la chanson, la maison de tes premiers souvenirs et du premier départ. Bleu. Vide. Rouge. /

Ce pont glauque et les trains qui ne passent plus en dessous ou si rarement. Tu avais peur des grandes cheminées toutes proches, reliques de l’activité minière de la région. /

Cette côte t’en a fait voir. 10% ce n’est pas anodin quand on mesure à peine 1 mètre 10. Tu l’as gravi des années, de plus en plus assurée. Il te reste dans l’idée qu’il est plus dangereux de descendre que fatiguant de monter.../

Tu t’es sentie grande et invincible, seule à 1200 mètres d’altitude. Une vue à couper le souffle, du vent. La banne d’Ordanche en Auvergne. Tu aurais voulu ne jamais redescendre. /

Des heures à attendre. A la gare Montparnasse, les horloges te menacent. /

Toujours la même place. Tu dis que c’est là qu’il faut être. Patiente, pour voir les couleurs les plus folles de l’horizon au-dessus de l’Atlantique. /

C’est l’aube au-dessus des nuages, quelque part entre Paris et la Guadeloupe. Si les hublots pouvaient s’ouvrir, aucun doute que tu aurais sauté dans ces oreillers géants rosâtres et orangés. /

Toujours la même route. Matin et soir. Quelques pas. Tu traverses. 800 mètres à droite, tu obéis. 1200 mètres plus tard tu tournes à gauche. Depuis 3 ans. Pour varier c’est vélo, voiture, pieds, trottinette. Tu voudrais tester l’hélicoptère.

FANNY

 

Courts passages où l’on décrit des moments de vie (8 cases d’une feuille pliée 3 fois).

Tu cours dans Joliot Curie

Toi qui souhaitais tant ce bac à sable

Tu cours sans cesse comme en furie

Mu par tes 4 ans, inépuisable

En équilibre à 10 mètres de hauteur

Tu te demandes si tu vas pouvoir sauter

L’adrénaline en guise de moteur

Tu te lances, la peur ôtée

Tu roules cheveux au vent

Tu voles entre les champs

Tu rêves si fort, t’y crois autant

Tu es juste adolescent

Tu trembles, tes genoux claquent

Cette peur ne t’avait pas manquée

Délicatement tes mains tu plaques

Sur ce micro, tu vas chanter

Tu marches au bord de l’eau

Ce que c’est beau la nuit tombante

Des reflets d’or, t’as plus de mots

C’est ces soirs là que tout se tente

Tu es amorphe sur ton coin de canapé

Comme sur un radeau pour cette nuit

Le doute et la noirceur t’ont happé

Qu’elle est ta place dans cette vie

Tu gouttes la caresse de la brise

Perchée dans le vert des collines d’Etretat

Tu gouttes la douceur de cette bise

Qui t’aide tant à être toi

Tu te tiens face au miroir

L’expression dure, le regard froid

Tu te regardes sans même y croire

Qu’as-tu fait mal, c’est quoi ce poids

FLORENT

 

8 LIEUX DU QUOTIDIEN -FRAGMENTS

Dans ta salle de classe de classe tu te dis que tu es le dernier, pourtant ton professeur de mathématiques dit toujours a d'autres élèves que tu es un génie.

Papa te dit : « Tu n'auras pas d'argent de poche cette semaine ! » Tu penses qu'il ne t'aime pas, pourtant il essaie de te faire comprendre qu'il faut te battre comme un homme.

Tu travailles et on gagne tes sous. Tu remets à Dieu et te dis juste que ce qui ne te tue pas te rend plus fort.

Maman te dit d'apprendre tes leçons. Tu te dis que la technique c'est ton école et que tu n'as pas besoin d'Histoire et de Géographie dans ta vie.

Après ton accident grave de circulation, tu penses que le ciel t'es tombé dessus, pourtant c'est un plan de Dieu pour que tu saches qui sont réellement tes amis.

T'as 100 km à parcourir mais tu te dis que l'arrivée est juste au prochain virage.

Dans la forêt tu t'échappes entre cinq militaires et tu te dis que c'est toi le vrai soldat.

Dans un pays étranger tu es sans situation mais tu restes positif et te dis juste que demain ta situation va changer.

GINO

[[|670|370]]
 

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir à cet article

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire
Validation *

À des fins de sécurité, veuillez selectionner les 4 premiers caractères de la série.

*Champs obligatoires