«J'écris pour avoir des réponses»

«J'écris pour avoir des réponses»

par Elsa Poissonnet -

«J'écris pour avoir des réponses»

Une journée d'échanges sur l'écriture jeune public, réunissant professionnels de la culture, de l'éducation, représentants associatifs et publics. Temps fort de cette journée, la table ronde.

"Aujourd’hui mercredi 21 janvier 2014 au théâtre Jean-Vilar de Vitry, nous avons eu la chance d’entendre quatre auteurs sur la question de l’identité dans leurs textes de théâtre pour la jeunesse : Catherine Zambon, Dominique Richard, Sylvain Levey et Joël Jouanneau.

«  J’écris pour avoir des réponses qui m’ont manquées étant enfant »
nous dit Catherine Zambon, ou pour être une sorte « d’entraîneur de vie, comme on peut être entraineur de foot », ajoute Sylvain Levey.

Ces auteurs n’ont pas pour thème l’identité, mais celle-ci, bien qu’insaisissable, traverse leurs œuvres.

Selon Joël Jouanneau, essayer de parler d’identité c’est un peu se lancer dans La chasse au Snark, chef-d’œuvre de non-sens de Lewis Caroll, à la recherche d’une créature fantastique qui n’existe pas. 

L’identité, comme le précise Dominique Richard, est avant tout fragmentaire, une identité de passage, en devenir.
C’est pourquoi il s’intéresse, à travers ses personnages  - Grosse patate et son embonpoint, Rosemarie la timide, Hubert le narcissique et Rémi le sentimental-, au « devenir-sujet », à la construction de l’enfant face à une identité qui lui est problématique, qui ne lui convient pas, qu’il a à créer lui-même.

Identité biologique, identité apposée, identité créée : chacun compose au plus proche de son être, toujours en mouvement, mais « l’universel c’est l’irréductibilité de chacun » comme le dit Joël Jouanneau. Exit les identités fermées, l’écrivain est là pour ouvrir, brouiller les pistes et redonner la chance à chaque individu de se poser la question de « qui » il a envie d’être, librement.

Les identités fermées: identités territoriales, aux contours étriqués des quartiers, identités genrées et leurs attentes stéréotypées, identités religieuses et diktats de croyances ou codes vestimentaires sont imposées aux enfants avant qu’ils aient pu faire des choix, exercer leurs esprits critiques et leur libre arbitre.  Le théâtre invite à une liberté et tente de créer un espace qui « réduit les écarts d’ouverture d’esprit », comme le dit Sylvain Levey. 

Face aux identités fermées impliquées par le sexisme, l’homophobie, l’intolérance religieuse, les pièces et les textes de théâtre travaillés au sein de l’école peuvent être un outil d’ouverture d’esprit.
 

Lors de ses rencontres avec des enfants, Catherine Zambon a entendu une petite fille soutenir qu’elle était programmée pour aimer faire la vaisselle depuis la naissance, pendant que Sylvain Levey discutait avec un petit garçon qui lui disait :
« Le petit garçon : - Moi j’suis fort, j’pleure pas.
Sylvain Levey : - Ha bon et depuis quand tu sais que tu es fort comme ça ? 
Le petit garçon : - Depuis ma naissance ».

Déterminisme gobé, avalé,  fruit facile d’une identité fermée socialement proposée sur un plateau (TV), qui fige les individus dans des rôles qu’ils sont enjoints à endosser mécaniquement, mimétiquement, sans se mettre à l’écoute de leur singularité, de leur propre modalité d’être au monde. On leur demande de s’éloigner d’eux pour se rapprocher d’une norme compressive.

Au contact douloureux des discours sexistes tenus par les enfants, Catherine Zambon écrit : Mon frère, ma princesse sur l’arbitraire de l’assignation identitaire genrée : « je me mets debout quand j’écris pour les enfants (…) » c’est à dire avec toute la vitalité de sa conscience politique et philosophique, car l’heure est grave.

En effet, plusieurs témoignages corroborent le sien sur la permanence voire même la recrudescence d’une dimension réactionnaire dans les discours de certains enfants.

Les censures de pièces traitant de sujets trop polémiques sur l’identité sexuelle ou encore l’inspection académique déconseillant aux enseignants d’emmener leurs classes voir Les Cahiers de Rémi au théâtre Jean-Vilar nous alertent sur un recul de la mobilisation sur ces sujets.

Michel Aymard, de l’association Postures confie : «  quand j’étais jeune l’expression défendre un texte me faisait hausser les épaules, aujourd’hui plus du tout, car les textes sont attaqués et nous avons à les défendre ».

Or, on assiste, comme le remarque Emilie Le Roux, metteuse en scène de Mon frère ma princesse (Cie des Veilleurs), à  la mise en place d’un insidieux climat de suspicion envers le travail de l’artiste dans les écoles. On leur présuppose une certaine irresponsabilité face aux enfants, du fait peut-être de la liberté avec laquelle ils abordent les réalités. 

Face à la pression
de certains parents, certaines institutions préfèrent se défiler en baissant la tête. Ce faisant elles mettent les enseignants en première ligne des mécontentements et les poussent à éviter les sujets épineux, dont nous avons pourtant tant besoin de débattre.

Mais si l’Education nationale se montre frileuse, elle jette elle aussi le soupçon sur les artistes et le discrédit sur lieux culturels et professionnels de l’accompagnement des parcours artistiques. Le risque premier est celui de l’auto-censure : celle des artistes dans leurs œuvres, les théâtres dans leurs programmations, les enseignants dans leurs parcours artistiques, laissant les thèmes essentiels, ceux dont il faut débattre le plus urgemment à des détenteurs d’une opinion en kit, prête-à-penser. 

Ne rien dire, c’est reculer
; face à des pressions qui ne se privent pas pour interdire, pressons-nous à autoriser". Elsa Poissonnet

 

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