40 ans de flirt avec l'utopie

40 ans de flirt avec l'utopie

par Théâtre Jean-Vilar -

40 ans de flirt avec l'utopie

Dans les années 1960, la municipalité de Vitry choisissait de favoriser les conditions d’une vie culturelle foisonnante avant de construire le théâtre de la ville. C’est ainsi que naquit en 1972 le théâtre Jean-Vilar, dont la scénographie modulable inventait de nouveaux rapports entre spectacle et spectateurs.

Creusant la démarche, en 1981, son directeur Gérard Astor entend « produire dans un même mouvement l’oeuvre et son public ». En 1998, l’extension du lieu et de ses moyens permet une politique de compagnonnage avec des artistes et la production d’écritures neuves.

Faire vivre la métaphore du théâtre comme lieu de vie sociale, une utopie permanente dont ce livre, paru le 4 juin 2013, rend compte.

Jacques Lassalle écrivit : « Je tiens à ce que soit préservé […] un lieu qui fasse que le spectacle n’ait pas ses racines en l’air. » C’est ainsi que naquit en 1972 le théâtre Jean-Vilar, un espace dont la scénographie modulable inventait de nouveaux rapports entre spectacle et spectateurs. Creusant la démarche, en 1981, son directeur Gérard Astor entend « produire dans un même mouvement l’oeuvre et son public ». En 1998, l’extension du lieu et l’accroissement de ses moyens permet une politique de compagnonnage avec des artistes et la production d’écritures neuves, avec notamment Kader Attou, Suzanne Lebeau et Lia Rodrigues en relation étroite avec les territoires. Ainsi se sont tissés de nouveaux liens avec les pays méditerranéens, le Brésil et le Québec. Faire vivre la métaphore du théâtre comme lieu de vie sociale, une utopie permanente dont ce livre rend compte.

Discours de M. Alain Audoubert, maire de Vitry-sur-Seine, le 28 septembre 2012 pour l'ouverture des 40 ans du Théâtre (extrait) : 
Je vais essayer de me décaler un peu par rapport à l’événement que représente ce 40e anniversaire du théâtre Jean-Vilar. Je ne sous-estime pas le rôle qu’ont eu Marcel Rosette et Jean Collet dans la définition de notre politique culturelle municipale. Je ne sous-estime pas le fait que cette politique avait aussi à voir dans la même période, à partir du milieu des années 1960, avec des réflexions du Parti communiste français, sur la culture, les créateurs. Mais pour faire un théâtre et pour faire vivre un théâtre, il faut certes de la volonté municipale, mais il faut aussi que cela s’appuie sur une réalité sociale. Et vous m’excuserez, mais je pense que le besoin de théâtre à Vitry remonte à beaucoup plutôt que ça. Pendant le Front populaire en 1936 partout dans toutes les villes ouvrières est né un foisonnement de troupes théâtrales, d’harmonies, de musiciens. C’était « Allons au devant de la vie et aux lendemains qui chantent ! », et bien sûr la guerre et l’Occupation sont venues casser tout cela (...)

Un lieu d'utopie agissante, par gérard astor (extrait) : 
Comment pouvait-il se faire que le public ne soit pas vraiment au rendez-vous, alors que le théâtre Jean-Vilar s’était construit précisément sur la base d’une demande collective, d’un désir produit par une intense vie culturelle et artistique ? Le lieu « théâtre » faisait-il tout à coup peur, entérinait-il la rupture entre ceux qui, partout, vont au spectacle et ceux qui n’y vont pas ? Où passèrent les centaines de vrais militants qui avaient entouré le travail du Studio-Théâtre et de l’Ensemble chorégraphique ? Sans doute ces deux associations (qui voulaient acquérir le statut de compagnies), dans leur précarité, ne purent-elles affronter à la fois les exigences de la création et le nécessaire approfondissement de leur lien avec les populations. D’autant que la municipalité ne répondit pas à leur demande d’augmenter leurs moyens à la hauteur des possibilités offertes par un théâtre neuf doté – qui plus est – d’un énorme potentiel d’invention. Difficultés du budget communal, volonté de ne pas se substituer aux responsabilités de l’État, peur de voir les créateurs quitter l’enracinement dans le territoire ; de bonnes raisons bien sûr. Mais aussi manque cruel de confiance, et sans aucun doute de vision globale et anticipation. Michel Caserta finit par dissoudre, épuisé, l’Ensemble chorégraphique au moment où il inventa la Biennale nationale de Danse du Val-de-Marne avec le Conseil général ; quant à Jacques Lassalle, il fit grandir le Studio-Théâtre en-dehors de Vitry par des co-productions qui l’amenèrent jusqu’au Théâtre national de Chaillot, à la suite de quoi, au moment où la municipalité dotait ce Studio d’un lieu spécifique, il accepta l’offre de Jack Lang de diriger le Théâtre national de Strasbourg. Voilà quels étaient les enjeux – en tout cas le contexte – lorsque je pris, en 1979, la direction de ce théâtre, pris dans les mailles d’une contradiction qui rendait difficile l’alliage d’une politique revendiquée de la création avec la volonté de poursuivre l’inscription de celle-ci dans la vie populaire et la nécessité de la faire accéder à une reconnaissance institutionnelle. J’étais confronté au questionnement même d’une utopie politique qui aussitôt levée – comme on le dit d’une pâte – s’apprêtait à retomber. 


SOMMAIRE :
Une soirée au Théâtre Jean-Vilar // Remarques en marge de Thermidor terminus ou La Mort de Robespierre d’André Benedetto, Olivier Neveux

Une aventure qui vient de loin
, Alain Audoubert

Hybridité(s),
Michel Vinaver

I - La genèse, 1965-1972 //
Une politique novatrice // Les dramaturges fondateur

II - Théâtre adaptable et espace de la représentation //
La conception // Les premiers usages // L’exploration de l’espace

III - Les artistes dans la cité // 
Création et monde du travail // Un lieu d’utopie agissante, Gérard Astor //
Le foisonnement de la création // Des spectacles dans l’espace public

IV - Les territoires de l’art, 2000-2014 // 
Les compagnonnages // Ouverture au monde

208 pages, Éditions Dominique Carré, juin 2013
25 €, disponible notamment dans certaines librairies (Le Tome 47 à Vitry).

 

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