Lia Rodrigues fait danser les vagues

Lia Rodrigues fait danser les vagues

par Théâtre Jean-Vilar -

L'entêtant mouvement de la vie chorégraphié par la Brésilienne Lia Rodrigues. Article de Guy Duplat dans La Libre Belgique, 25/11/11

"Piracema" est un mot des Indiens Tupi au Brésil qui évoque le voyage éreintant, jusqu'à l'épuisement total, que les poissons font parfois en remontant les rivières jusqu'aux lieux de reproduction. C'est un titre bien choisi pour la dernière création de Lia Rodrigues et sa Companhia de Danças de la favela de Mare à Rio.

Les onze danseurs l'ont présenté deux soirs au Kaai à Bruxelles, dans le cadre de la Biennale de Charleroi/Danses et d'Europalia Brésil. Rarement un spectacle aura paru aussi épuisant, éreintant, y compris pour les spectateurs qui se demandaient quand l'épreuve subie par les danseurs serait terminée. Sur scène,du début à la fin, pendant 1h2O, 11 danseurs, 7 femmes et 4 hommes, qui forment un groupe compact et ondoyant, une communauté qui va vivre ensemble une traversée aussi épuisante que la vie elle-même.

Chaque danseur poursuit ses propres solos, sans tenir compte des autres, exprimant des scènes de la vie quotidienne ou des émotions, souriant parfois en regardant le public. Lia Rodrigues a demandé à chaque danseur d'amener son expérience. Mais sans cesse, les danseurs se jettent au sol, pour se remettre debout, replonger encore, se dresser, replonger, dans une répétition qui les laisse groggy de ce mouvement même. Le groupe ondoie, forme des vagues qui l'une après l'autre, gonflent et puis éclatent, pour recommencer encore. La masse de danseurs bouge sur le plateau. Parfois, le mouvement s'apaise et un calme provisoire s'annonce, en un unisson fragile qui éclate sous un tourbillon marin jetant à nouveau les danseurs à terre.

Comme pour récompenser chacun de tels efforts, Lia Rodrigues offre quelques secondes de douceur à la toute fin du spectacle : les 11danseurs dans leurs beaux habits colorés, sont comme endormis corps contre corps, tandis qu'une bossa-nova nous charme.

"Piracema" est stupéfiant aussi parce que tout cet apparent chaos doit être chorégraphié pour que les onze danseurs, pressés les uns contre les autres et qui tombent sans cesse, jamais ne se heurtent ou se gênent. Une mécanique aussi subtile qu'entêtante les maintient en mouvement perpétuel. Cette longue phrase chorégraphique, si elle peut nous épuiser psychiquement, nous envoûte aussi car elle est l'image de notre vie dans laquelle nous aussi sommes soumis à un rythme fou, du coucher au réveil, et du réveil au coucher jusqu'à la dernière consolation, bien frustrante, d'un repos final.

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