« Tisser des territoires de l’art qui rassemblent des artistes et leur public potentiel »

« Tisser des territoires de l’art qui rassemblent des artistes et leur public potentiel »

par Théâtre Jean-Vilar -

« Tisser des territoires de l’art qui rassemblent des artistes et leur public potentiel »

S’inspirant de l’expérience du Studio-Théâtre de Jacques Lassalle et de l’Ensemble chorégraphique de Michel Caserta, le Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine est né en 1972. Son directeur depuis 1979, Gérard Astor, revient sur l’histoire d’un espace de création qui a toujours travaillé à lier intimement œuvres et spectateurs/ Entretien avec Gérard Astor qui fête les 40 ans du Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine - Publié le 1 octobre 2012 - La terrasse n° 202

Quels engagements et quels idéaux ont-ils été à l’origine de la création du Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine ?

Gérard Astor : Ne pas bâtir un théâtre, ne pas écrire de théâtre en dehors de leur nécessité. Jean Collet, premier adjoint au Maire, a voulu d’abord stimuler la vie culturelle et artistique de la ville. Jacques Lassalle, Michel Caserta, le scénographe Bernard Guillaumot ont dû inventer des espaces et des rapports inédits au public, rapports fondés sur des liens tissés en profondeur avec la population. Jean Collet avait écrit : « …notre choix politique est de promouvoir une véritable révolution culturelle qui permette l’élévation constante du niveau culturel de tous les membres de la société, l’élargissement à une échelle de masse du nombre de ceux qui concourent à l’élaboration de la culture, y compris à la création et l’avènement d’une culture d’un contenu nouveau… ». Et Lassalle disait, en 1977 : « A l’intérieur de certaines conditions d’existence, d’un certain paysage, d’un certain type de relations ou de non-relations, j’ai envie de dire “ça”…, cette envie, dans ce qu’elle a d’impérieux, de sauvage, de non-référentiel, est peut-être productrice de quelque chose pour le théâtre. Arraché de ce terreau, de ce territoire choisi ou imposé, je redeviens un praticien qui convoque ce qu’il sait, mais en-dehors de tout sentiment de nécessité. Je tiens à ce que soit préservé quelque part le lieu dont on parle…, un lieu qui fasse que le spectacle n’ait pas ses racines en l’air. » Les bases de toute l’action du Théâtre Jean-Vilar, depuis 40 ans, se trouvent dans ces positions.

Durant ces 40 ans, comment le Théâtre Jean-Vilar a-t-il évolué ?

G. A. : Fondamentalement, il s’est agi de faire se rejoindre ces défis et les pratiques d’une population riche d’une culture qu’elle ne s’avouait pas toujours, une population capable d’un dialogue avec les artistes qu’elle ne soupçonnait pas.

Lorsque que vous avez été nommé directeur de ce théâtre, en 1979, de quelle façon avez-vous souhaité inscrire votre nouvelle prise de fonction dans l’histoire et l’identité de ce théâtre ?

G. A. : En 1979, le public n’était pas là. J’ai tapé aux portes des comités d’entreprise de la SNCF, d’EDF, de Rhône-Poulenc, non pour vendre des billets mais pour construire, dans un même mouvement, et l’œuvre et son public. Cela a marché. Après Vitry-sur-rail, Energie(s)-sur-scène a rassemblé 4000 spectateurs dans un processus réunissant quarante graphistes, photographes, comédiens et autant d’électriciens sur leur temps de travail. Parallèlement, s’inscrivaient au répertoire de grands auteurs, chorégraphes, compositeurs : Michel Vinaver, André Benedetto, José Montalvo, Dominique Hervieu, Gérard Pesson, puis Kader Attou, Lia Rodrigues, Suzanne Lebeau, Vincent Dumestre…

Quels choix artistiques défendez-vous, depuis plus de 30 ans, à Vitry-sur-Seine ?

G. A. : Tisser des territoires de l’art qui rassemblent des artistes et leur public potentiel. Comme le dit Suzanne Lebeau : « Il y a à Vitry une tradition d’activités culturelles pensées et dessinées pour le public… J’étais attendue, connue, reconnue, désirée… Ces rencontres m’ont permis de sentir les perspectives, les lignes dans le temps et dans l’espace d’une œuvre qui s’est écrite d’un mot à l’autre, d’un projet à l’autre comme des morceaux d’un puzzle qui tout à coup dessine un paysage, ce territoire imaginaire qui respire dans la poitrine de ceux qui le visitent ». Ce qui a confirmé notre autre hypothèse : peut-il y avoir vraiment, aujourd’hui, des écritures neuves sans un public nouveau ? Un public neuf peut-il se construire autrement qu’en regard d’écritures nouvelles ?

Le fait que ce théâtre porte le nom de Jean Vilar implique-t-il, pour vous, une forme de responsabilité vis à vis de ce que représente ce nom ?

G. A. : Responsabilité est le mot. Non pas respect, ni continuité, mais responsabilité d’inventer les formes contemporaines qui peuvent faire le lien entre les œuvres et les publics.

Quels seront les points phares de la saison 2012/2013 ?

G. A. : Les créations : Le Livre de Damas et des prophéties de Fida Mohissen, adapté de deux pièces de l’auteur syrien Saadallah Wannous, le spectacle de Josef Nadj (Biennale de Danse), le concert de Burnt Sugar (Festival Sons d’hiver), la mise en scène de Dom Juan par Nicolas Hocquenghem.

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

 

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