Théâtre Jean Vilar, Vitry – saison 2 (ouverture d’écriture)

Théâtre Jean Vilar, Vitry – saison 2 (ouverture d’écriture)

par Métie Navajo -

Théâtre Jean Vilar, Vitry – saison 2 (ouverture d’écriture)

Théâtre Jean Vilar, Vitry – saison 2 (ouverture d’écriture)

Je suis rentrée sur ce territoire – Vitry – par la départementale 5. La Départementale 5 passe au-dessus du périphérique, s’échappe de la capitale – ou la continue, traverse Ivry sur Seine, Vitry sur Seine, finit à Orly je crois, je ne suis jamais allée jusque là.

Une départementale traverse, je me suis arrêtée, mon hôte est le Théâtre Jean Vilar, centre ville de Vitry, l’axe médian qui sépare – au stade où j’en suis de ma compréhension de la ville – les hauteurs plus verdoyantes d’un centre ville qui s’étire jusqu’en bords de Seine sous différentes formes : zone d’entrepôts, énormes chantiers témoignant de transformations de sites industriels, tiers lieux qui peuvent fleurir dans ces espaces plus vagues, cimetière, jolies rives aménagées, Port à l’Anglais dont on m’a expliqué récemment que le nom légèrement prétentieux résultait en fait d’une déformation de « Port à Langlois ». Qui était ce Langlois ? Je n’ai pas encore cherché la réponse. Je suis passée quelques fois par là, seule, à pied ou en vélo, escortée d’une bande d’endants des centres de quartiers Jean Moulin et Jaurès, jours de pluie, un automne auparavant, écrivant, enregistrant, créant des traces de nos passages(1) .

Mais reprenons : je suis le plus souvent entrée à Vitry sur ma bicyclette (orange d’abord, puis blanche) ou par le bus 183. Dans les fumées denses des circulations bloquées, dans les méandres de voies déviées, dans la chaleur moite des corps compressés, les accents entremêlés, sans trop regarder le paysage, le fuyant même (artère bouchée des zones industrielles, coulée de ville sans âme, populations abandonnées au chantier perpétuel, tranchées creusées dans les inquiétudes et les espoirs envers Paris l’Ogresse, autrement dit : le grand Paris express : le chantier du tramway 9.)

Arriver à Vitry par la départementale 5 n’est sans doute pas la meilleure manière d’arriver. Les premières images qu’on se fait d’une ville collent longtemps à la rétine. Comme pour les personnes. Pendant plusieurs mois partout où j’allais me poursuivaient la route en travaux, les ouvriers fluorescents perdus dans ses béances, les engins  jaunes installés comme des maîtres du territoire, les grands panneaux colorés qui vendent la ville à l’avenir.
Bien sûr, Vitry n’est pas la seule ville en chantier que je fréquente. Toutes mes villes, toutes mes vies sont en chantier, il faut toujours faire émerger une beauté de cet état de fait. C’est aussi notre travail.

Après une saison aux alentours du Théâtre Jean Vilar, la ville commence à s’ouvrir, ou dirais-je plutôt : mon regard sur la ville commence à s’ouvrir. Je donne des ateliers dans des lieux divers, je pose ma question « qu’est-ce qui m’appartient » en m’appropriant peu à peu le territoire, comme il faudrait dire – mais dans le fond je ne m’approprie rien, et je ne sais toujours pas bien ce qu’est un territoire, si ce n’est le terme institutionnel de l’époque pour circonscrire administrativement des espaces. Je laisse la ville agir et me transformer, j’apprivoise en me laissant apprivoiser. J’accepte d’être son étrangère et de partir à sa découverte. J’accepte de ne pas être autre chose que l’artiste qui ne vit pas ici, et regarde, et laisse quelques traces maladroites de son passage, et absorbe quelques moments de la ville. Je m’essaye à toutes ses lignes de bus (183, 132, 180), en vélo, je la marche sous le soleil des lundis, des hauteurs de l’établissement Alfred Chérioux aux rives de la Seine, passant par la gare de RER, le micro lycée, le foyer des travailleurs maliens ; découvrant la ville sous d’autres angles, dans d’autres perspectives, lumières, couleurs, corps, paroles. Je marche. Le soleil se pose tendrement sur des terrasses de cafés, sur des gens assis sur des bancs, sur des espaces vides, sur d’immenses peintures qui habillent nombre de tours et de bâtiments austères. Je m’assois dans le rayon de soleil du Palace, proche de la place du marché, pas loin du théâtre (partie basse de la ville) et j’écris, et voilà que je me retrouve heureuse comme je l’ai été il y a une quinzaine d’années quand je rencontrais Marseille. Il y a une dizaine d’années quand je rencontrais Mexico… Marseille Mexico Vitry, un lien peut-être à trouver : les beautés hirsutes, celles qui ne s’offrent pas en douceur. 

A l’intérieur du Palace (un café) on ne voit pas de vieilles photos de stars mais une galerie de portraits des clients.

Il y a une vi(ll)e autour de la départementale 5, autour du chantier du T9, elle commence à m’apparaître.

Vitry et alentours, octobre 2019

[Avec le soutien de la Région Ile-de-France dans le cadre d'une résidence d'auteur]

1. Lors d’une série d’ateliers donnés dans les centres Jean Moulin et Jean Jaurès et en extérieur, avec Mayssoun Zineddine au son.

 

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