Mexico / Au-dessus et en-dessous de la terre (2/5)

Mexico / Au-dessus et en-dessous de la terre (2/5)

par Métie Navajo -

Mexico / Au-dessus et en-dessous de la terre (2/5)

Mars 2019. Métie Navajo, autrice compagnon, mène un voyage au Mexique, à la rencontre d'artistes et d'auteurs mexicains dont l'oeuvre entre en résonnance avec son écriture et les thématiques qu'elle développe. Petites chroniques d'un voyage exploratoire, épisode 2...


2.

A quoi bon décrire le monde par des mots quand les vidéos quand la géolocalisation ?
A quoi bon les mots si vous pouvez voir ce que je vois sur vos écrans
Est-ce qu'on décrit les villes pour les autres ou pour soi, ces mots, pour qui résonnent-ils ?

Dans ma vie parisienne je vais avec un téléphone idiot,
Avant de partir à Mexico on m'a donné un téléphone intelligent
trop vieux pour aucune application, il a au moins 4 ans, il est tout juste bon à prendre des photos (te séparer du temps en le gravant dans l'instant, le remettre à plus tard).
Pour enregistrer les oiseaux qui me fascinent sur les lacs de Chapultepec
j'utilise le dictaphone. Ça ne rend pas grand chose.
 
Quand tu es devant le serpent et l'aigle tu t'installes dans le temps.

Heures absurdes passées ou perdues à tenter de me soumettre à ces téléphones et toutes leurs applications qui nous rendent la vie si facile... si facile.
Qui nous réunissent et nous éloignent.

A Mexico on m'a gentiment prêté un autre téléphone très jeune
Pour pouvoir parler le whatsapp avec ma fille
qui me manque.
Il m'arrive de regarder une vidéo d'elle qui chante
cinq ou six fois dans la journée.

Quand je partais autrefois rien ne m'attachait. Je pouvais aussi bien ne pas revenir. 
Dans le Mexico d'il y a dix ans ma fille n'était pas.

Je ne me dirige pas avec le GPS.
Quand je prends le temps de marcher, je me perds, c'est un choix. 
Ainsi je rencontre les campements des pauvres, la voie de fer désaffectée, les poules noires qui tout à coup déboulent dans la rue, les enfants, les regards méfiants,
la peur – la mienne, car je suis faite de ça. 

(Maintenant quand je vois se dessiner l'ombre de la mort dans une zone de dérive
ou devant des camions de CRS à Paris
-oui ces moments-là -
le visage de ma fille m'apparaît)

Sans GPS on peut réussir à croiser l'aventure à l'angle de deux rues inconnues. Ainsi s'entend parfois le cœur de la ville.
Avec, je ne sais pas comment faire. Il faut beaucoup de chance.

[Avec le soutien de la Région Ile-de-France dans le cadre d'une résidence d'auteur]

 

Commentaires (0)

Soyez le premier à réagir à cet article

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire
Validation

Pour valider le formulaire, saisissez les 4 premiers caractères de la série, sans espace en respectant les majuscules et les minuscules.

  • B
  • Y
  • G
  • C
  • P
  • T
  • M
  • P

*Champs obligatoires