"La danse la plus pure qui se puisse imaginer"

"La danse la plus pure qui se puisse imaginer"

par Théâtre Jean-Vilar -

"La danse la plus pure qui se puisse imaginer"

On nous avait parlé d’un spectacle, du dernier d’un triptyque, nous nous sommes retrouvés en pleine expédition munis de notre curiosité à connaître la suite de Pororoca aux avancées tumultueuses et larges, et de Piracema œuvre qui se déroule de ses onze solos qui produisent, la mathématique est à l’œuvre, des images fractales.

Pindorama commence dès l’arrivée dans la salle des spectateurs qui se placent sans règle établie chacun à sa façon et devient devant l’œil de l’autre, dans cet espace vide, un instant de théâtre à lui seul. Tête inclinée ou droite, cou de pied arrogant, épaules en avant ou en arrière ; intimidé, discret, perdu, l’air de… ? Par notre regard, le théâtre commence. On se prend à rêver à la pièce dont ce serait le casting. En attendant, le tableau se compose, l’espace se construit d’aplats, de lignes droites ou courbes et de vides qui oscillent, se déplacent, s’estompent dans la pénombre du lieu, Nicolas Boudier est à l’œuvre de ses lumières.

Avec une extrême douceur six danseurs prennent possession de l’espace, le public se dérange et cède l’espace. Ils portent un linge blanc qu’ils placent au centre. Ils l’étendent repoussant chaque fois un peu plus les spectateurs pour ouvrir un long couloir recouvert de cette transparence créant un étang aux eaux calmes dont on soupçonne les profondeurs. Dans la pénombre une jeune femme nue pénètre le centre, s’asperge d’eau, glisse sur la surface désormais frémissante. Cérémonie païenne purification, on ne sait pas. L’eau de calme devient houleuse, puis tumultueuse, impétueuse. Le corps de la jeune femme ressurgit toujours vainqueur des assauts les plus violents. L’acmé de cette agitation atteinte, l’eau semble retrouver son cours et le corps son souffle, un nouvel assaut un de trop, le corps usé par le combat se trouve abandonné immobile. Sacrifice ?

Six corps, frêles jeunes gens se rejoignent sur la surface aquatique. Ils sont face à l’imminence du danger venu d’ailleurs dans cette eau qui de nouveau s’agitent, les recouvre, les rassemble. N’est on pas plus fort ensemble ? La nudité exalte leur jeunesse, la danse se compose, la chorégraphie se mêle aux éléments. Elle semble s’improviser au fur et à mesure des coups du sort, avec eux on perd le souffle. On ne peut qu’aimer ces êtres si fragiles et si vigoureux dans leur effort à vouloir vivre.
Nous reprenons notre déambulation. Parmi nous se faufilent dix danseurs qui dispersent, dans tout l’espace réinvesti par les spectateurs, des bulles d’eau. Nous allons prenant garde à ces perles qui nous sont confiées et qui gisent presqu’animées sur le sol noir. Toujours baignés dans cette lumière qu’on retrouve dans l’art de Vermeer à peindre le silence, les danseurs au sol exécutent un ballet primitif qui semble sorti de leur seule communion et les mène lentement à se retrouver. Les perles éclatent, l’eau se répand. Les corps sont là, si proches de nous, si précaires, offerts. On se prend à les aimer comme ces êtres naissant que nous devons protéger. Mais, ces corps nus, universels nous bouleversent. On ne peut que se souvenir de tant de corps détruits par la rage des hommes… Serait-ce une œuvre rédemptrice qui nous amène à retrouver notre propre pureté ?

Par cet opus, Lia Rodrigues nous offre la danse la plus pure qui se puisse imaginer ; on se prend à rêver d’un grand trait tendu pur depuis Isadora Duncan, Laban par lequel la chorégraphe cherche à offrir au corps et aux danseurs une vérité proche de l’instinct premier, du mouvement vital.

Jacques Segueilla - Novembre 2013

Après Pororoca en 2009 et Piracema en 2011, le théâtre Jean-Vilar a accueilli Lia Rodrigues pour la création de Pindorama les 15, 16 et 17 novembre dans le cadre du Festival d’automne, dernier volet de son tryptique autour de la question du collectif.

 

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