Cahiers de la création #2

Cahiers de la création #2

par Jacques Ségueilla -

Cahiers de la création #2

Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, le 27 juin. Anaïs, Victor, Nicolas, Angela, Aurélien, les danseurs, et Muriel, la comédienne, s’échauffent. Ils font à leur manière dos, bassins, jambes, nuques tout est soigneusement mobilisé, détendu, étiré avant le travail. Ce soir, présentation de saison au théâtre Jean-Vilar. 

On sent la tension se lever, chacun a parlé, se sent soulagé
. Pour moi, témoin silencieux, je crois que la peur du vide existe toujours à un moment ou à un autre du processus de la création quand la matière est foisonnante et qu’on est encore certain d’aucune piste. On veut « fournir » d’avantage. Alors ce sera dans le plus total imprévu que cela commencera à prendre forme.

On reprend, on installe une machine parfaitement inutile à produire. Cadre métallique, des planches mobiles créent des figures multiples autant que vaines ; objet sans forme réelle qui ne produit que du mouvement. Ça s’exprime facilement, difficilement, laborieusement enfin, toutes sortes de virtuosités et de contraintes. Celles que nous avons tous quelque part en nous.

Arrêt. Reprise.

Ils reprennent des éclats de danse : des phrases chorégraphiques à partir desquelles ils poussent un peu plus loin par brèves improvisations. Chacun offre ses propres matériaux : outils gestes ; outils corps ; outils intentions ; Les corps/machines dessinent l’espace, le composent. Poussés à l’absurde. (...)

J’entends parler d’un duo/diable réservé à la comédienne. Je ne sais pas ce que c’est qu’un duo diable mais je trouve ça joli. Il y a le paso doble, et voici le duo diable.

Je glane ce qui surgit là sur ce plateau. On a parlé aussi d’une échelle tellement sécurisée qu’elle ne rentre nulle part. C’est comme la poésie, ça ne sert à rien mais c’est nécessaire à sa façon. Des humains se sont réunis, ils ont réfléchi longuement, ont expérimenté et ont mis au point un objet… pour rien. Des heures que les « rationalisateurs » ne récupéreront pas. Cela restera une jolie figure de style. Juste pour le plaisir. (...)

On reprend, on s’habille.

Angela se glisse dans une blouse et des gants bleus de ménage, Nicolas enfile une veste bleu de chauffe, un rouleau à peinture à la main, Victor casquetté passe une cote de travail, de sa poche une sangle orange dépasse. Elle s’énerve sur ses gants. Ils la regardent, étonnés. Ils se regardent un peu surpris, vaguement complices.

« On valide !», dit Sébastien Lefrançois (c’est son mot). « On reprend » ! Et de se déshabiller, se rhabiller en civile.

On sort de scène. Un temps.

On remonte sur scène et ça repart, on se déshabille l’un en slip se cache derrière la veste que l’autre s’apprête à passer. A son tour il se retrouve dans la même position de pudeur cherchant à se cacher derrière celui qui bouge et le dévoile.

Et le « On valide ! » tombe. Ca veut dire, on recommence, tout depuis le début.

Quatre, cinq, six fois les trois danseurs se prêtent au jeu et à chaque fois la scène se précise, les gestes se précisent, les intentions apparaissent. Chacun à l’écoute de l’autre se coordonne aux autres. Ça respire ensemble. Ça joue vraiment.(...)

A suivre. Jacques Ségueilla

 

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